GERMAINE CAMPION

 

Voici des extraits d’un texte paru dans « Libres » numéro 199 de mai/juin 1993. Germaine Campion y parlait de sa vie.

 » J’ai aujourd’hui quatre-vingt-sept ans, voici brièvement ma vie.
J’ai été élevée dans un café. Ma mère était trop bonne ; ce n’était pas une éducatrice. Il y avait cinq enfants. Trois sont morts en bas âge. Mon père était charpentier de marine. C’était un ouvrier spécialisé, les meilleurs du monde. Quand il a été atteint d’un cancer, il m’a dit : « Oh Germaine ! si je n’avais pas tant bu, comme je t’aurais dressée. »
J’ai fait les plus grosses bêtises.
Je me suis mariée à vingt trois ans, mais ce n’était pas celui que j’aimais. Parce que lui, il m’aurait empêchée de boire. J’ai eu un petit garçon qui est mort né. J’avais aussi un frère très gentil qui était sculpteur sur bois. Il est mort aussi ; il avait vingt deux ans. Et j’en avais à l’époque vingt-quatre.
J’ai été cuisinière à Versailles mais je buvais. J’ai fait beaucoup de bêtises, roulé ma bosse, jusqu’à ce que je rencontre l’abbé Talvas. Puis ce fut la guerre pendant laquelle j’aidais les femmes de prisonniers. Je rendais des services en gardant les enfants pendant qu’elles allaient faire les courses, etc. J’ai aussi fait un peu de résistance en faisant évader des gens. Avec d’autres, j’ai reçu la croix de la Libération.
Le père Talvas après la guerre est revenu me chercher de Paris. Il m’a emmenée à Rennes et m’a fait faire une cure de désintoxication..
Guérie, j’ai aidé des personnes alcooliques à se faire soigner dans des cures. Avec le Père Talvas, nous avons commencé à organiser des réunions au « Nid » au 80, boulevard du général Leclerc à Clichy. On a démarré comme ça. Nous étions un petit nombre. Nous avions déjà le nom de « Vie libre » mais sans que se soit encore tenu le congrès de constitution qui a eu lieu en 1953. « 

Germaine Campion est morte le 28 janvier 1998.